« 5 avril 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 19-20], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7679, page consultée le 26 janvier 2026.
5 avril [1841], lundi matin, 11 h.
Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon adorable petit homme, bonjour, bonjour,
bonjour. Comment vas-tu mon chéri ? Comment vont tes beaux yeux ? Comment va ton
cœur ? Je t’aime moi, mon cher joyaua, je délire de toi en rêve et en réalité. Je t’aime, je t’aime. Je
te porte dans mes bras comme une [plume ?] [flamme ?]b (Dieu quel
affreux calembourc on pourrait
faire mais je refuse l’occasion parce que je parle trop sérieusement). Je baise tes
chers petits pieds, je fais mille folies dans le sommeil absolument comme si j’étais
éveillée. Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime.
Je ne te demande pas
pourquoi tu n’es pas venu, mon adoré, parce que je m’en doute assez ; prends garde
surtout, mon cher bien-aimé, de ne pas trop te brûler le sang1. Tu sais combien
c’est à craindre pour toi, mon pauvre petit homme, il ne faut donc pas le risquer.
Je
t’en prie, mon amour, ne travaille pas toutesd les nuits.
L’ouvrière est venue par extraordinaire
aujourd’hui2. Je ne lui fais pas encore
faire de caleçone parce que je n’ai
ni le coutil, ni la toile, celle que j’ai achetéef étant décidément trop fine ; et puis je voudrais que Mme Pierceau puisse
en prendre le patron et les tailler. Pour cela il faut qu’elle se porte bien, ce qui
ne sera que dans quelque temps3.
Et
mon livre ROUGE, scélérat4 ? Mais soyez tranquille, vous ne l’échapperez
pas. En attendant, je vous baise et rebaise sur toutes les coutures.
Juliette
1 Juliette appréhende que Hugo développe à nouveau la maladie dont il aurait, semble-t-il, été victime l’année précédente au cours de leur voyage sur les bords du Rhin. Le poète tente ainsi de soigner par des bains réguliers ces « échauffements », comme elle les qualifie, dont il souffre de temps à autre.
3 Mme Pierceau vient d’accoucher, le 15 mars, d’un petit garçon.
4 Juliette conserve précieusement le moindre petit « mot » que Hugo lui écrit, le plus souvent à l’occasion des anniversaires, dans un petit dossier, le Livre rouge. À ce moment, elle est en attente d’un mot pour marquer la date d’anniversaire de Hugo, qui fait manifestement débat entre eux.
a « joyaux ».
b « flame ».
c « calembourg ».
d « toute »
e « calçon ».
f « acheté ».
« 5 avril 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 21-22], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7679, page consultée le 26 janvier 2026.
5 avril [1841], lundi soir, 5 h. ¼
Quand te verrai-je, mon Toto, il y a bien longtemps que je te désire. Je suis au bout
de mon courage, mon amour, il faut donc que tu viennes bien vite si tu ne veux pas
me
trouver bien triste et bien malheureuse.
J’ai fait raccommodera le fameux verre vénitien par un
homme qui en raccommodaitb (des
verres) à toutes les servardes du quartier. Cela
n’est ni beau ni solide mais cela fait tenir le verre sur son pied en attendant que
nous lui en fassions faire un en argent. Ia, ia monsire matame, quand nous serons bien
riches. En attendant, cela m’a coûté 1 F. argent
monnayéc et cela ne les vaut pas.
Enfin, tel qu’il est il figure au haut de mon armoire avec assez d’aplomb.
Je
trouve qu’il fait un froid de loup. Je fais allumer du feu dans ce moment-ci car il
n’y a pas moyen de tenir en place sans cela. J’attends la blanchisseuse, je fais
raccommoderd à force et je
raccommodee moi-même tant que je
peux1. Voici la blanchisseuse. Je vais la recevoir mais
auparavant il faut que je t’embrasse sur toute ta chère petite carcasse depuis
l’endroit le plus secret jusqu’à celui le plus apparent.
Mille millions de baisers.
Juliette
1 Juliette fait raccommoder les vieux habits de Hugo par l’ouvrière Pauline, et en recoud certains elle-même, revendiquant l’exclusivité de ce travail (voir la lettre du 1er septembre 1841).
a « racommoder ».
b « racommodait »
c « monayé ».
d « racommoder ».
e « racommode ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
